Méthode et fondements
Contexte EASM, problématique, modèle de confiance à quatre niveaux, objectifs, hypothèses H1–H5 et cadre éthique d'usage.
Pourquoi l'EASM est-il insuffisant aujourd'hui ?
La gestion de la surface d'attaque externe (External Attack Surface Management — EASM) est devenue une discipline à part entière de la cybersécurité. Elle consiste à découvrir, inventorier et évaluer en continu les actifs numériques visibles depuis l'extérieur d'une organisation, afin de prioriser les actions de réduction des expositions.
Outils existants et leurs limites
Amass (OWASP)
Ce qu'il fait : Framework de collecte avec base d'actifs et modèle ouvert de relations
Limite : Pas de résolution d'identité multi-hôtes ni de confiance calibrée
httpx (ProjectDiscovery)
Ce qu'il fait : Détection de technologies, CPE, ASN, CDN/WAF, certificats et hôtes virtuels
Limite : Pas de déduplication sémantique dans un graphe structuré multi-source
Nuclei (ProjectDiscovery)
Ce qu'il fait : Détections par templates avec métadonnées et niveaux de sévérité
Limite : Règles déterministes par template, sans confiance probabiliste calibrée
Observation exploratoire de départ — comparaison entre 7 pays
Une analyse exploratoire de reconnaissance, menée avec DNSDumpster sur les domaines gouvernementaux de 7 pays (USA, France, Afrique du Sud, Burkina Faso, Bénin, Côte d'Ivoire, Cameroun), a révélé des différences significatives dans la visibilité externe entre pays. Les constats sont présentés ici uniquement sous forme agrégée, sans détail par service ni nom d'hôte :
7 pays
périmètres gouvernementaux comparés
comparaison de la visibilité externe, pas un classement de la sécurité des pays
Multi-hôtes
nombreux noms, peu de serveurs
beaucoup de noms pointent vers un même serveur — impose une déduplication
Exposition ≠ faille
bannières et services visibles
nécessité opérationnelle et correctifs rétroportés indéterminables depuis l'extérieur
Ces observations sont des indicateurs d'exposition, pas des vulnérabilités confirmées. Elles ont motivé la conception de SurfaceGuard-BJ. Le détail par service n'est pas publié ici.
Le problème, la question centrale et l'angle d'approche
Le problème
Les outils de cartographie produisent des résultats bruts présentant trois faiblesses : l'absence de résolution d'identité (un même serveur compté N fois), l'assimilation implicite d'une exposition observable à une vulnérabilité confirmée, et l'opacité des modèles de priorisation.
La question centrale
Dans quelle mesure la fusion automatisée de sources externes hétérogènes, associée à une méthode de résolution d'identité et de priorisation tenant compte du niveau de confiance, permet-elle d'améliorer la précision, l'explicabilité et le suivi temporel de la cartographie des expositions externes ?
L'angle d'approche
Un système qui cartographie, déduplique, attribue un niveau de confiance et priorise les expositions observables en vue d'une investigation humaine — un indice explicable de priorité d'investigation, et non un score de sécurité.
Quatre niveaux de confiance des observations
Sur une infrastructure externe, une version ne peut être considérée comme confirmée que dans le laboratoire contrôlé ou à partir d'un inventaire fourni par le propriétaire.
| Niveau | Signification | Exemple concret |
|---|---|---|
| Élevé | Plusieurs sources indépendantes et observations cohérentes | Version CMS corroborée par hash de fichier statique + bannière + CT log |
| Moyen | Observation directe ou bannière corroborée partiellement | Bannière Apache 2.4.25 + comportement HTTP cohérent avec Debian Stretch |
| Faible | Bannière seule ou donnée tierce non corroborée | Bannière « Apache 2.4.25 » mais comportement atypique ou reverse proxy possible |
| Indéterminé | Information insuffisante ou contradictoire | Reverse proxy masquant la stack, ou bannière modifiée |
Objectif général et 6 objectifs spécifiques
Objectif général
Concevoir, implémenter et évaluer un outil capable de cartographier les actifs numériques publics visibles, de résoudre leur identité, d'attribuer un niveau de confiance à chaque détection et de prioriser les expositions nécessitant une investigation humaine.
Fusionner automatiquement les données DNS, Certificate Transparency, RDAP et observations de services en un graphe structuré domaine-IP-certificat-ASN-organisation.
Développer un algorithme de résolution d'identité distinguant les actifs uniques des alias (IP partagées, hôtes virtuels, certificats multi-domaines).
Implémenter un modèle de confiance à quatre niveaux pour chaque observation.
Construire un indice explicable de priorité d'investigation, pondéré par méthode AHP (panel A) et validé par un panel B indépendant.
Comparer les performances de SurfaceGuard-BJ à celles d'Amass/Subfinder, httpx et Nuclei sur un laboratoire contrôlé.
Évaluer la stabilité des résultats par collectes répétées à T0, T+15 et T+30.
Cinq hypothèses vérifiables H1–H5
La fusion multi-sources améliore significativement le rappel de la découverte d'actifs par rapport à chaque source prise isolément (mesuré en précision, rappel et F1-score sur le laboratoire).
La résolution d'identité réduit le nombre d'expositions reportées sans perte d'actifs uniques — mesurée en précision et rappel de la résolution par rapport à la vérité terrain du laboratoire.
Le modèle de confiance est calibré : les observations classées « élevé » correspondent effectivement à la vérité terrain plus souvent que celles classées « faible » (calibration mesurée sur le laboratoire).
L'indice de priorité produit un classement significativement corrélé au classement produit par un panel de validation indépendant (corrélation de Spearman ; le panel de validation n'a pas participé à la pondération AHP).
La comparaison entre deux collectes (diff) permet de détecter les changements d'exposition injectés dans le laboratoire lors de la collecte suivante.
Niveaux d'observation et protocole de divulgation responsable
Trois niveaux d'observation avec périmètres applicables stricts. Aucune action active n'est menée sur un domaine sans autorisation écrite.
Passif
Laboratoire + tout domaine (sources publiques)
- CT logs
- Passive DNS
- RDAP
- Données tierces publiques déjà collectées
Direct non intrusif
Laboratoire + mes domaines + domaines autorisés par écrit
- Résolution DNS
- Connexion TLS
- Requête HTTP GET limitée (sans crawl, sans fuzzing)
Actif de sécurité
Laboratoire + mes domaines + domaines autorisés par écrit (périmètre défini)
- Scan de ports
- Nuclei (templates)
- Fingerprinting approfondi
Protocole de divulgation responsable
Anonymisation des noms d'hôtes et adresses IP dans toute publication (plages de documentation, domaines réservés).
Résultats bruts stockés hors de tout dépôt public, accessibles uniquement à l'auteur.
Absence de publication de détails directement exploitables.
En cas de découverte d'une exposition critique, transmission confidentielle aux responsables concernés ou au CSIRT national (bjCSIRT au Bénin), sans publication préalable.
Positionnement par rapport à l'existant
La contribution ne réside pas dans l'existence d'un CLI de scan, mais dans la chaîne intégrée de traitement. Comparaison avec les 4 outils principaux du domaine.
| Outil | Ce qu'il fait déjà | Ce que SurfaceGuard-BJ ajoute |
|---|---|---|
| Amass (OWASP) | Framework de collecte avec base d'actifs et modèle ouvert de relations entre actifs | Résolution d'identité et déduplication distinguant domaine, service, hôte virtuel et exposition, avec provenance et niveau de confiance de chaque relation |
| httpx (ProjectDiscovery) | Détection de technologies, CPE, ASN, CDN/WAF, certificats, hôtes virtuels et réponses similaires | Déduplication sémantique et multi-source intégrant httpx comme une source parmi d'autres dans un graphe structuré |
| Nuclei (ProjectDiscovery) | Détections par templates avec métadonnées et niveaux de sévérité | Confiance probabiliste calibrée fondée sur la concordance de plusieurs sources indépendantes, là où Nuclei applique des règles déterministes |
| DNSDumpster | Reconnaissance DNS avec cartographie visuelle | Résolution d'identité (des dizaines de pages par défaut = peut-être quelques serveurs), scoring explicable, suivi temporel T0/T+15/T+30 |
Travail voisin principal : Yazdani et al. (ACM SIGMETRICS 2026) propose une évaluation multi-sources et un scoring de la résilience DNS gouvernementale dans six pays. SurfaceGuard-BJ se différencie en étudiant l'exposition des services (pas uniquement la résilience DNS), la résolution d'identité des actifs et l'incertitude des observations. [10]